Réalisation : Melina Matsoukas
Scénario : Lena Waithe, d'après une histoire de Lena Waithe et James Frey
Au casting : Jodie Turner-Smith, Daniel Kaluuya
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : très peu
Test Bechdel-Wallace : non validé J'aime : héroïne éduquée sûre des ses capacités et de ses compétences, dénonciation du racisme et des violences policières
Trigger
warnings/ violences contre les femmes : meurtre, violences conjugales, prostitution
J'aime pas : femmes pornifiées, interactions entre femmes rares, violences contre les femmes excusées, héroïne accusée d'être responsable de la situation, nudité, hétéronormativité, personnages qui n'ont pas de nom
Note féministe : 1/5
Note cinéphile : 2/5 Pour en savoir plus (attention, gros spoilers)
A la suite d'un rencard raté, "Queen" et "Slim" sont arrêté·es par un
officier de police raciste et violent, que Slim abat en légitime
défense. Les deux jeunes gens prennent la fuite vers le sud, espérant
pouvoir échapper au sort qui les attend.
Lena Waithe, femme noire
lesbienne, a été révélée par la série Master of None, qui traitait avec
gravité, humour et tendresse (même si Aziz Ansari s'est révélé être
gerbant par la suite) des relations femmes/hommes, de la place des
immigrant·es et de leurs descendant·es aux États-Unis. Elle est aussi la
première femme noire à remporter un Emmy Award pour un scénario, en
l'occurrence celui de l'épisode "Thanksgiving" de MoN, où elle
racontait, en se basant sur sa propre expérience, son coming-out à sa
famille. 25mn de pur bonheur télévisuel. Réalisées par Melina Matsoukas,
qui a aussi dirigé plusieurs épisodes d'Insecure, la série d'Issa Rae,
autre jeune artiste noire à émerger ces dernières années. Inutile de
dire qu'un projet réunissant ces deux femmes de talent donnait drôlement
envie, d'autant plus qu'il est rare de voir des artistes racisé·es à la fois devant et derrière la caméra et à l'écriture. Malheureusement, le résultat est en demi-teinte, et carrément
très problématique quant à sa représentation des femmes. Queen and Slim
est avant tout un film à charge contre les violences policières
racistes, un fléau que les autorités américaines ne prennent pas au
sérieux, voire ignorent, qui fait de nombreuses victimes chaque année et
qui bénéficient d'une impunité révoltante. Être noir·e aux États-unis,
c'est vivre avec une cible dans le dos. Raison pour laquelle nos deux
protagonistes rencontrent de nombreuses manifestations de soutien et de
solidarité de la part des Noir·es qu'elle et il croisent sur leur route,
et que tant de gens sont prêts à les aider sans rien demander en
retour, à part qu'elle et il s'en tirent. C'est d'ailleurs au cours
d'une manif organisée en protestation contre la chasse à l'homme lancée à
leur poursuite que la colère s'exprimera dans une violence extrême.
Cette scène, qui montre un jeune qui a rencontré le couple la veille (et
qui est l'auteur de la fameuse photo) abattre de sang froid et en
pleine tête un policier noir qui essayait de le raisonner, glace le sang. Malheureusement, elle est marquante pour une autre (mauvaise) raison : elle est montée en parallèle avec la première et unique scène d'amour entre Queen et Slim, ce qui est limite malsain : pourquoi montrer un rapprochement intime et émotionnel entre ses deux protagonistes en même temps qu'une scène ultra violente ? Mais ce n'est pas le plus gros défaut du film. Le plus gros défaut, c'est la représentation misogyne des personnages féminins. Queen pour commencer. Au début, elle est habillée des pieds à la tête, elle est affirmée, ne s'excuse pas de ce qu'elle est, tient tête au policier, à Slim, et c'est elle qui décide quoi faire après que ce dernier abat le flic. Tout change à l'escale chez Oncle Earl à la Nouvelle Orléans. Earl est un proxénète qui habite sous le même toit que les prostituées qu'il exploite, femmes pornifiées à l'extrême dans des tenues hyper sexualisantes, au point que l'on peine à croire que ce sont des femmes qui ont écrit et réalisé ces scènes tellement ça pue le male gaze. Deux courtes scènes de solidarité féminine - où l'on n'oublie pas de re-préciser qu'Earl est roi en sa demeure, et les protagonistes doivent fuir, après avoir modifié leur apparence. Queen revêt une robe qui appartient à l'une des prostituées, très courte et sexualisante, Slim prend une tenue de jogging à Earl. Ce changement de costume est très symbolique, en cela qu'il indique aussi un changement dans leur personnalité et leurs rapports, Queen devenant plus fragile, plus soumise, plus soucieuse du bien-être de Slim, alors que ce dernier s'affirme et devient le dominant. Cette inversion des rapports trouve son apothéose sous la forme du cliché qui immortalisera le couple, lui regardant devant, elle baissant la tête vers son compagnon. C'est tellement sexiste qu'on ne représente plus les femmes dans cette position même sur les affiches des blockbusters les moins subtils. Mais revenons à l'Oncle Earl : si Earl est une pourriture misogyne, voyez-vous, ce n'est pas sa faute. La mère de Queen est morte lors d'une violente dispute avec son frère, saoul, mais c'était un accident, ce n'est pas sa faute. C'est un proxénète alcoolique et violent, mais c'est l'Irak qui l'a bousillé, ce n'est pas sa faute. Quant à la famille de Slim... il raconte des anecdotes de son enfance apparemment heureuse, avec son père et son frère, mais ne mentionne pas sa mère une seule fois, au point que l'on s'étonne de voir qu'il en a une - même si elle ne prononce pas un mot au cours de ses deux courtes apparitions. La seule femme blanche du film est évidemment une bourgeoise coincée, seule personne ouvertement réticente à aider le couple. Alors c'est vrai, les femmes blanches ont largement manqué de solidarité envers les femmes noires. C'est indéniable, et cela restera toujours l'un des plus grands échecs de l'histoire du féminisme : n'avoir pas su, avoir refuser d'intégrer les luttes intersectionnelles des femmes noires à la lutte féministe. Mais montrer une femme blanche solidaire envers une femme noire, ça pourrait nous inspirer, non ? (petite digression, c'est la réplique la plus importante de la saison 3 de Dear White People : les femmes blanches auraient-elles montré autant de solidarité que les femmes noires envers elles si c'est une étudiante noire qui avait été agressée par un prof blanc ?) Son mari, lui, aide Queen et Slim sans poser de questions, et offre un contrepoint positif face aux deux autres hommes blancs du film, deux flics racistes. Dernier point problématique, et non des moindres, Queen, la femme, se voit à plusieurs reprises reprocher par des hommes d'avoir tenu tête au policier, sous-entendu, de ne pas être restée à sa place, de ne pas avoir fermer sa gueule et d'être responsable de tout ce merdier. A sa sortie, Queen and Slim (il faudra m'expliquer pourquoi on ne les nomme qu'à la fin) a été présenté comme un film qui évoque la figure du héros noir. C'est tout à fait juste : le héros, pas l'héroïne.
Réalisation et scénario : Annabelle Attanasio
Au casting : Camila Morrone, James Badge Dale, Rebecca Henderson
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : peu
Test Bechdel-Wallace : non-validé, à cause du sujet du film J'aime : jeune héroïne qui apprend à se construire, soutien entre femmes
Trigger
warnings/violences contre les femmes : contexte patriarcal, relation malsaine entre un père et sa fille, alcoolisme et dépendance aux médicaments
J'aime pas : la dénonciation du patriarcat sort très peu du contexte privé
Note féministe : 2,5/5
Note cinéphile : 2/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
A Anaconda, dans le Montana, les perspectives d'avenir sont limitées. Encore plus pour Mickey Peck, coincée entre son père, Hank, ancien soldat souffrant de choc post-traumatique, accro aux médicaments, incapable de s'occuper de lui-même et au comportement imprévisibledont elle est seule à prendre soin suite à la mort de sa mère, et son petit-ami, Aron, un petit con qui n'a aucun respect pour elle et qui a déjà tout décidé de leur avenir ensemble, alors qu'elle rêve de partir étudier à San Diego.
La question centrale de Mickey and the Bear est très simple : comment partir quand on doit s'occuper de son père malade parce qu'il n'y a personne d'autre pour le faire ? Mickey compose entre sa vie d'adolescente, premiers amours et rêves d'avenir, et d'aide-soignante ménagère, fille et parfois, de manière malsaine, épouse pour ce père toxique qui ne peut pas, ne veut pas, aller mieux. Annabelle Attanasio s'est attaquée à un sujet complexe pour son premier long métrage, et c'est tout à son honneur vu son âge, 26 ans. Mais le film, même s'il lorgne du côté de Kelly Reichardt ou Debra Granik dans son analyse de la cellule familiale dans un milieu rural, manque de personnalité et n'apporte rien au genre, ce qui le rend très prévisible. D'un point de vue féministe, il n'y a pratiquement pas d'analyse du patriarcat en dehors de la relation de Mickey avec son père et son petit-ami, tout reste dans la sphère privé. Il y avait pourtant largement matière à explorer la communauté dans son ensemble, entre rôle genrés stéréotypés, relation aux animaux spéciste, et contexte socio-économique, pour mieux dénoncer la domination masculine systémique. Espérons qu'Annabelle Attanasio trouvera mieux sa voix pour son prochain film et que Camila Morrone, qui fait malgré tout preuve d'un joli talent, reviendra vite sur les écrans.
Réalisation : Cathy Yan
Scénario : Christina Hodson, d'après les personnages de DC Comics
Au casting : Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett-Bell, Rosie Perez, Ella Jay Basco
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : la majorité du film
Test Bechdel-Wallace : largement validé J'aime : femmes fortes, différentes, qui prennent leur destin en main, sororité, pas d'histoire d'amour, dénonciation du patriarcat et des violences misogynes (les hommes s'en prennent plein la gueule, au propre comme au figuré)
Trigger
warnings/ violences contre les femmes : contexte patriarcal, misogynie, tentative de viol, meurtre
J'aime pas : les héroïnes auraient pu être moins sexualisées, trahison entre femmes
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 3/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Harley Quinn est inconsolable après sa séparation d'avec le Joker, avec qui elle a vécu une longue relation profondément toxique. Mais quand tout Gotham lui tombe dessus, elle doit vite sécher ses larmes et retrouver un diamant à la valeur inestimable pour sauver sa peau.
C'est très regrettable que le mot "emancipation" ait disparu du titre français car c'est vraiment l'idée principale du film, pour toutes les héroïnes : Harley s'émancipe de l'ombre du Joker et, même si elle met du temps à s'en rendre compte, met enfin son talent et sa folie au service d'elle-même et va même jusqu'à prendre Cassandra Cain sous son aile, Renée Montoya tourne le dos à une police misogyne qui ignore ses exploits, Dinah Lance, alias Black Canary, risque sa vie pour aider Cassandra qui a fait du tort à son patron, l'un des gangsters psychopathes les plus puissants de Gotham, et Helena Bertinelli, alias Huntress, obtient vengeance. Quand ces femmes super badass s'unissent enfin et mettent leur talent unique au service du groupe, elles sont indestructibles. Birds of Prey, malgré un peu trop de voix off et de digressions à mon goût, est un film très fun à l'aspect comic-book qui assume parfaitement son côté foutraque, à l'image de son héroïne désaxée, parfois retorse et malgré tout attachante. Patriarcat et misogynie sont pointés du doigt sans la moindre subtilité, et ça, ça fait du bien, parce qu'il n'y a rien de subtil dans le patriarcat et la misogynie. On prend un plaisir pas du tout coupable à voir ces gros mascus dégueulasses tournés en ridicule, humiliés et tabassés. Maintenant, ce sont eux les proies. Bon, quand est-ce qu'on crée notre bande de copines badass pour aller dérouiller du macho ? On pourrait s'appeler les Reines de la Jungle.
Réalisation : Jay Roach
Scénario : Charles Randolph
Au casting : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, Kate McKinnon, et plein d'actrices au top.
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé J'aime : héroïnes fortes, intelligentes, compétentes. Dénonciation du patriarcat et des violences misogynes. Pas de complaisance dans les scènes d'agression.
Trigger
warnings / violences contre les femmes : harcèlement et agressions sexuelles.
J'aime pas : c'est un film basé sur des faits réels et donc sur la réalité d'un milieu particulier, mais pas de personnages racisé·es et peu de sororité. J'aurais voulu voir des femmes à la réalisation et à l'écriture.
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Le mot "bombshell", comme "bombe" en français, désigne à la fois une femme canon et un énorme choc. En l'occurrence, les femmes canons sont les journalistes de Fox News (Gretchen Carson et Megyn Kelly pour les plus connues), chaîne américaine hyper conservatrice et principal soutien de Trump dans les médias, et le choc, c'est la dénonciation des actes de harcèlement et agressions sexuelles commis par Roger Ailes, leur patron et prédateur sexuel qui a sévi en toute impunité pendant des décennies. Dénonciation qui a eu lieu en 2016, avant les affaires Weinstein et l'explosion du mouvement MeToo.
Le film adopte avec beaucoup de justesse le style documentaire, plus qu'adapté dans le contexte d'une chaîne de télé du 21e siècle. Il est particulièrement bien écrit, foisonne de détails et exige une attention constante à tout ce qui est dit et montré à l'écran. Sans oublier qu'il est interprété à la perfection par un casting de dingue mené par les géniales Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, qui jouent respectivement Megyn Kelly, Gretchen Carlson, qui la première attaqua Ailes en justice, et Kayla Pospisil, personnage fictif, et qui sont logiquement nominées aux Oscars. Mais surtout, Scandale est une analyse très fine et une dénonciation acérée d'une part de la stratégie des agresseurs : Ailes silencie et isole ses victimes, souffle le chaud et le froid (il leur donne les postes clé promis), agit avec la complicité silencieuse de femmes qui lui sont loyales... Et d'autre part, des conséquences sur les victimes : culpabilité, honte, et malheureusement, rejet de la faute sur d'autres femmes (la scène entre Megyn et Kayla est édifiante), avec la question classique "pourquoi n'a-t-elle rien dit ?". Il suffit d'une scène, une scène glaçante, où l'ambitieuse et novice Kayla subit le harcèlement immonde de Ailes, pour saisir les horreurs auxquelles il soumet les femmes et l'étendue de son pouvoir. Il se sait intouchable. Mais il n'est pas le seul coupable. La newsroom de Fox News, c'est la définition même de l'environnement professionnel toxique (pour les femmes) : harcèlement sexuel, comportements déplacés, commentaires sexistes incessants (y compris à l'antenne), homophobie, tenues vestimentaires imposées (femmes filmées en plans larges pour que l'on voit leurs jambes). La totale. Et pourquoi les hommes se remettraient-ils en question ? Alors que Donald Trump, dont la campagne est en plein essort, enchaîne les déclarations misogynes (entre autres) et humilie publiquement Megyn Kelly, et que dans le camp adverse des démocrates, le candidat et vice-président sortant Joe Biden crée une atmosphère extrêmement malaisante pour ses collaboratrices ? Le film a aussi l'intelligence de nous rappeler subtilement que nous sommes à Fox News, même si les attaques de Megyn Kelly contre Trump au sujet de sa misogynie et les segments pro-féministes et anti-armes à feu automatiques de Gretchen Carlson peuvent laisser penser que le chaîne n'est pas si réac' que ça : tout le monde est blanc, Jess (Kate McKinnon) doit cacher ses opinions politiques pro-Hillary et son homosexualité, Megyn rejette fermement le qualificatif "féministe", Kayla est une chrétienne pratiquante conservatrice, Gretchen est prise à partie par une femme qui dénonce ses opinions politiques, le port d'armes est défendu avec ferveur, la chaîne appartient au groupe de Rupert Murdoch, magnat des médias et conservateur le plus puissant de la planète et enfin, et surtout, évoque, même brièvement, le dérapage mémorable de Megyn Kelly sur la couleur de peau de Jésus Christ, qui avait fait l'effet d'une bombe à l'époque. Alors que les féministes sont en général perçues - à juste titre - comme des libérales de gauche, quelle ironie que les premières femmes à avoir fait chuter un agresseur puissant soient des conservatrices de droite !
Réalisation et scénario : Lulu Wang
Au casting : Awkwafina, Shuzhen Zhao, Diana Lin
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé ! J'aime : l'héroïne, sa complicité avec sa grand-mère
Trigger
warnings/ violences contre les femmes : RAS
J'aime pas : représentation classique de la cellule familiale, mais il s'agit d'un film auto-biographique
Note féministe : 2/5
Note cinéphile : 3,5/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Billi, jeune new-yorkaise d'origine chinoise, apprend que sa grand-mère est mourante. La famille a décidé de lui cacher la vérité, et prétexte un mariage pour lui rendre une dernière visite à Pékin. Pour Billi, ce mensonge est insupportable.
L'Adieu n'a pas vocation à être un film féministe. La réalisatrice y parle de sa propre expérience, et nous montre une famille tout ce qu'il y a de plus classique, au point que beaucoup reconnaîtront la leur : la grand-mère s'inquiète que Billi soit bien couverte, se mette en couple, elle lui donne de l'argent, lui dit d'être agréable, dirige les repas familiaux et l'organisation du mariage d'une main de fer, et les femmes préparent le repas pendant que les hommes boivent. Elle évoque avec beaucoup de justesse, de subtilité et d'humour les thématiques des liens familiaux, donc, et de la transmission, de la diaspora, et de la maladie. Je me suis identifiée à beaucoup d'éléments, même si je suis une femme blanche et que j'ai toujours vécu dans le pays où je suis née. Bref, L'adieu est un petit bijou qui mérite d'être vu.
Réalisation : Karim Aïnouz
Scénario : Karim Aïnouz, Inés Bortagaray et Murilo Hauser, d'après le roman de Martha Batalha
Au casting : Carol Duarte, Julia Stockler
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé ! J'aime : sororité, femmes fortes
Trigger
warnings/violences contre les femmes : viols, contexte partriarcal, violences psychologiques
J'aime pas : trop de nudité
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Rio de Janeiro, 1950. Eurídice et Guida sont deux sœurs très liées mais aussi très différentes : Guida est extravertie, aime sortir, défie l'autorité parentale, alors qu'Eurídice est introvertie, gauche, a un esprit vif et rêve d'entrer au Conservatoire de Vienne. Tout change quand Guida s'enfuit avec son amant, laissant sa petite sœur derrière elle.
Pourquoi la vie d'Eurídice est-elle invisible ? C'est le père des sœurs qui en a décidé ainsi. C'est lui, se sentant investi d'une toute puissance en tant que chef de famille, qui décide de contrôler le destin de ses filles et de les séparer à vie, forçant leur mère à être sa complice, poussant Eurídice dans la dépression quand elle découvre la vérité et condamnant Guida à la solitude. C'est d'une violence inouïe, et chacune souffre terriblement de l'absence de sa sœur, comme si on leur avait pris une part d'elle-même. Guida, après avoir été bannie de la famille à son retour d'Europe, enceinte et sans logement, survit grâce à la prostitution jusqu'à ce qu'elle trouve une nouvelle famille en Filomena, une voisine qui garde les enfants des femmes mères célibataires qui doivent travailler, et qui l'aidera à élever son fils et lui donnera un toit. Eurídice, de son côté, épouse un homme médiocre, dominant, sourd à sa douleur d'être séparée de Guida et à son rêve de devenir pianiste, qui attend de son épouse qu'elle reste à la maison pour élever ses enfants. Pour garder un semblant de liberté, Eurídice doit lui mentir. Karim Aïnouz met deux choses en évidence : la façon dont le patriarcat écrase les femmes, dans la cellule familiale et au travail (Guida, seule femme dans son usine, subit les remarques misogynes de ses collègues hommes) et la force que puisent les femmes quand elles sont soutenues par leurs semblables. Les deux sont encore vrais de nos jours. Le père Gusmão savait très bien ce qu'il faisait : sans son mensonge, il aurait été désarmé contre la puissance du lien sorore.
Réalisation et scénario : Greta Gerwig, d'après l'œuvre de Louisa May Alcott
Au casting : Saoirse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson, Laura Dern, Eliza Scanlen, Meryl Streep
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé ! J'aime : sororité, femmes libres de s'exprimer, reconnaissance des talents artistiques des héroïnes, choix de leur destin
Trigger
warnings/ violences contre les femmes : contexte patriarcal, sexisme, les femmes ont des droits restreints
J'aime pas : j'ai du mal à trouver, alors je vais dire - et c'est totalement arbitraire - Louis Garrel.
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Jo, Meg, Amy et Beth March grandissent en Nouvelle Angleterre pendant la Guerre de Sécession. Si elles sont très proches, chacune a sa personnalité, ses rêves, ses joies, ses peines, ses expériences, et elles sont toutes les quatre unies par quelque chose qui va au-delà des liens du sang: leur condition féminine.
On peut se dire, au premier abord, que les filles March ont plutôt la vie facile. Elles vivent dans un certain confort, ont une grand-tante très riche, sont éduquées, encouragées à poursuivre des activités artistiques, ont une liberté de pensée et de parole, et sont entourées d'hommes bienveillants : leur père, le fameux docteur March du titre, Laurie et son grand-père, John, Friedrich, Fred, et même M. Dashwood, qui sous des abords bourrus est finalement plutôt sympathique. Mais peuvent-elles, et doivent-elles, s'en contenter ? Non. Alors que Meg, en tous points la fille parfaite et qui a la personnalité la plus accommodante, renonce à son rêve de devenir actrice - un métier jugé peu convenable et trop précaire pour une jeune femme comme il faut à l'époque - se marie avec l'homme qu'elle aime, met au monde deux enfants et vit une existence monotone faite de restrictions, Jo et Amy refusent les concessions. Jo, spontanée, rebelle, vit pour l'écriture, veut laisser son empreinte dans l'Histoire et n'a ni le temps ni la tête au mariage. Amy a toujours clamé haut et fort son ambition d'épouser un homme riche. Pas par vénalité, mais parce qu'elle sait qu'en tant que femme, elle n'a aucun droit. Seule Tante March est libre, parce que très riche. Le monde ne fait pas de cadeau aux femmes, et Jo, Meg et Amy font de leur mieux pour y trouver leur compte sans se trahir, pour avancer sans se laisser ronger par la colère nourrie par l'injustice que leur sexe subit, que Marmee, véritable figure matriarche qui en apparence est capable de tout affronter, avoue devoir réprimer au quotidien. Heureusement, la fiction permet d'offrir aux femmes un dénouement heureux à leur histoire, et nos héroïnes goûtent enfin un bonheur bien mérité (seulement entaché par un deuil tragique), avec ou sans mari, et riches.
L'année 2020 s'annonce sous le signe du FEMALE POWER avec au moins trois gros films de studio dirigés par des femmes et avec des femmes dans les rôles principaux entre février et juin :
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire d'Harley Quinn de Cathy Yan (sortie le 5 février)
Black Widow de Cate Shortland (sortie le 29 avril)
Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins (sortie le 3 juin)
Réalisation et scénario : Alice Winocour
Au casting : Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Sandra Hüller
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : plus de la moitié
Test Bechdel-Wallace : validé
J'aime : parcours d'une femme dans un monde majoritairement masculin, beau rapport mère/fille, pas de stéréotypes de genre
Trigger warnings/ violences contre les femmes : sexisme
J'aime pas : nudité inutile, représentation du sexisme édulcorée - pour ne pas froisser l'ESA, qui a donné au tournage un accès à des lieux jamais filmés ?
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 3/5
Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Sarah est astronaute et doit partir pour une mission d'un an dans l'espace. Entre la culpabilité qu'elle ressent de laisser Stella, sa fille de 8 ans, et le sexisme ambiant qui règne dans son milieu, ses derniers jours sur Terre la mettent à l'épreuve.
Avec Proxima, Alice Winocour voulait montrer un personnage de femme qui soit à la fois une héroïne et une mère : "Il y a cette idée dominante, qui est une construction sociale, selon laquelle la responsabilité d’un enfant incombe plus à la mère. C’est la question féministe évoquée dans le film, montrer qu’une femme peut être à la fois une mère et une professionnelle de haut niveau". Je craignais que la culpabilité de mère soit le principal aspect du personnage, mais j'avais tort : si Sarah est bel et bien rongée par la douleur, elle ne s'excuse jamais de choisir la mission et n'envisage à aucun moment d'abandonner. Le domaine spatial étant très largement masculin, elle doit faire face au sexisme des instructeurs et de ses partenaires de mission qui, malgré leurs démonstrations de bienveillance à son égard, préféreraient bien rester entre mecs. Les rares femmes qui entourent Sarah font heureusement preuve d'une belle solidarité envers elle : la femme du centre d'entraînement russe qui lui parle des autres femmes astronautes, et surtout Wendy, qui encadre Stella lors de ses visites au centre, qui accompagne sans juger. Mais le cœur du film, c'est évidemment la relation entre Sarah et Stella. D'une relation quasi-fusionnelle, la mère et la fille doivent apprendre à vivre l'une sans l'autre. Pour Sarah, cela implique de laisser Stella à son père, de ne plus gérer son quotidien à la maison et à l'école, de ne plus être là pour lire une histoire, d'accepter de ne plus être la première à savoir ce qui se passe dans sa vie. Pour Stella, ça veut dire s'habituer à un nouveau quotidien avec un père qui n'a pas toujours fait d'elle sa priorité, découvrir une nouvelle école, se faire de nouveaux amis, devenir plus autonome, surmonter son sentiment d'abandon, sa colère, comprendre pourquoi sa mère part, l'accepter, et, finalement, réussir à lui dire au revoir. Elles se quittent l'une l'autre, mais quittent aussi la forte relation mère/fille qu'elles avaient nouée et qui ne sera plus jamais la même. Alors que le film s'achève sur un plan de Stella, on sait que cette petite fille deviendra elle aussi une héroïne.
Test Bechdel-Wallace : validé J'aime : documentaire très fort
Violences : images de guerre d'une extrême violence, beaucoup de sang et de corps sans vie. C'est parfois à la limite du soutenable.
J'aime pas : /
Note cinéphile : 5/5
Pour en savoir plus
Je me suis demandée si Pour Sama avait sa place sur ce blog. Le film est réalisé par une femme et s'adresse à une fille mais ne parle pas des femmes en particulier. Mais j'ai quand même décidé d'écrire cet article parce que c'est un documentaire fort, essentiel, qui témoigne d'horreurs que nos gouvernements laissent se produire par intérêt politique. Je voudrais que tout le monde le voit, mais je pense aussi que ce serait une expérience insoutenable pour beaucoup. Malgré tout, il y a quelques moments de légèreté dans le film, par exemple quand on voit l'entourage de Waad, son mari, ses ami·es, les médecins de l'hôpital, trouver la force de rire pendant des bombardements. Le quotidien serait insupportable, sinon.
Je suis sortie de Pour Sama profondément bouleversée, pleine d'admiration pour Waad al-Kateab (et son mari, et tous ces gens qui sont restés) et d'espoir pour la petite Sama et sa sœur. Je leur souhaite de revoir Alep.
Réalisation et scénario : Mounia Meddour (écriture en collaboration avec Fadette Drouard)
Au casting : Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Zahra Doumandji
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : plus de 3/4 des dialogues
Test Bechdel-Wallace : validé +++ J'aime : sororité, femmes moteur de l'action, femmes créatrices, refusent de se soumettre aux hommes
Trigger
warnings / violences contre les femmes : intégrisme religieux, tentative de viol, meurtres
J'aime pas : certains choix d'écriture, mais c'est du chipotage
Note féministe : 5/5
Note cinéphile : 4/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Dans l'Algérie des années 90, Nedjma et ses amies, étudiantes à la fac d'Alger, ont l'avenir devant elles. Nedjma est styliste et vend ses créations dans les toilettes d'une boîte de nuit avec l'aide sa meilleure amie, Wassila. Leur copine de chambre à la cité U, Samira, vit ses dernières semaines à la fac avant le mariage arrangé par son frère, mariage qui l'empêchera de finir ses études et de travailler. Devant la montée de l'intégrisme religieux qui frappe ce pays qu'elle aime, Nedjma entend faire front et organise un défilé de vêtements cousus dans des haïk, ces immenses étoffes dont on force les femmes à se couvrir.
Mounia Meddour s'est inspirée de sa propre expérience pour Papicha (mot algérien désignant "une jeune femme drôle, jolie, libérée") et a réalisé un film qui est une véritable ode à la liberté, et dont les héroïnes refusent la violence des hommes et de la religion. Elles se révoltent à la fois contre l'intégrisme naissant, mais luttent aussi contre le patriarcat déjà présent, lui aussi violent : elles doivent sortir en cachette le soir, subir les avances d'hommes adultes, des mariages forcés, cacher qu'elles ont une sexualité, ne peuvent pas vivre une relation amoureuse sans être forcées dans une position dominée où les hommes dictent leur conduite. Heureusement, les femmes trouvent refuge dans les liens qu'elles créent entre elles, au sein de la cellule familiale ou de la fac. Même quand l'intégrisme frappe et tue, les liens de sororité résistent.
Réalisation et scénario : Lorene Scafaria, d'après l'article du New York Times écrit par Jessica Pressler
Au casting : Constance Wu, Jennifer Lopez, Keke Palmer, Lili Reinhart, Julia Stiles, Wai Ching Ho
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : plus des 3/4 des dialogues
Test Bechdel-Wallace : validé +++ J'aime : sororité, femmes moteur de l'action, femmes racisées, aux physiques variés, thèmes d'indépendance, de désir d'émancipation, peu de nudité malgré les strip-teases. Ça tape pas mal sur les mecs.
Trigger
warnings/ violences contre les femmes : femmes sexualisées, agression sexuelle, on parle de prostitution
J'aime pas : peut-être trop de scènes de strip-tease au début ?
Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 3/5 Pour en savoir plus (attention, spoilers)
New York, années 2000. Dorothy danse dans un club de strip-tease et se lie d'amitié avec Ramona, la star du club, qui la prend sous son aile. Elles mènent un bon train de vie grâce aux milliers de dollars dépensés chaque soir par les loups de Wall Street, alors rois du monde. Quand arrive la crise de 2008, tout s'effondre et les danseuses se retrouvent au chômage. C'est alors que Ramona propose un plan à ses anciennes collègues : les banquiers et autres traders de Wall Street trichent et volent en toute impunité, alors pourquoi ne pas leur rendre la pareille ?
Comment filmer des strip-teaseuses sans sexualiser ses personnages ? Lorene Scafaria semble avoir trouvé la réponse : oui, elles sont sexualisées, parce que leur métier est par essence sexualisant, et elles sont elles-mêmes conscientes de vendre du désir aux hommes. Mais elles sont aussi des êtres à part entière qui font en sorte, malgré tout, de garder le contrôle, sur scène et dans leur vie privée. La première réplique du film, "this is a story about control", est très bien illustrée par Ramona, quand elle explique les ficelles du métier à Dorothy : il faut toujours savoir à qui on a affaire et comment en tirer profit. Elles vivent dans un univers où elles dépendent financièrement d'hommes blancs dominants consommateurs de sexe, et exploitent leurs failles pour gagner leur vie. Mais Queens est aussi une histoire de femmes qui se lient, se soutiennent, s'associent. Déjà au club, où l'on voit les strip-teaseuses échanger entre elles dans les coulisses, dans l'une des scènes les plus réussies du film. Et surtout, au sein du groupe constitué par Ramona et Dorothy. Elles opèrent ensemble, partagent les gains, se présentent comme étant des sœurs et forment vite une famille. Elles vivent sans hommes et bénéficient d'une indépendance financière qui garantira à leurs filles de choisir leur avenir. Le dernier aspect intéressant, non des moindres, de Queens est justement l'arnaque au cœur du film : Ramona, Dorothy et leurs protégées droguaient des hommes, les noyaient sous l'alcool, de façon à vider leur compte en banque sans qu'ils en aient le moindre souvenir le lendemain matin (la séquence où Ramona et Dorothy cherchent le bon dosage de drogues est un régal). La motivation de Ramona est simple : des millions d'Américain·es ont tout perdu du jour au lendemain à cause des loups de Wall Street qui jouent avec leur argent comme au Monopoly en toute impunité. En se servant dans leurs poches, elles réparent une injustice (évidemment, il y a aussi des femmes à Wall Street, mais c'est un univers majoritairement masculin et extrêmement misogyne). La réplique-clé du film, "This city, this whole country, is a strip club. You've got people tossing the money, and people doing the dance" (Cette ville, le pays entier est un club de strip-tease. Il y a ceux qui jettent l'argent, et ceux qui dansent), est une excellente définition des injustices du néo-libéralisme. Les héroïnes de Queens et la famille de Sorry We Missed You (le dernier Ken Loach) mènent le même combat.