mercredi 22 janvier 2020

LA VIE INVISIBLE D'EURÍDICE GUSMÃO (A Vida Invisível de Eurídice Gusmão)

Réalisation : Karim Aïnouz
Scénario : Karim Aïnouz, Inés Bortagaray et Murilo Hauser, d'après le roman de Martha Batalha
Au casting : Carol Duarte, Julia Stockler




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé !
J'aime : sororité, femmes fortes

Trigger warnings/violences contre les femmes : viols, contexte partriarcal, violences psychologiques
J'aime pas : trop de nudité

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Rio de Janeiro, 1950. Eurídice et Guida sont deux sœurs très liées mais aussi très différentes : Guida est extravertie, aime sortir, défie l'autorité parentale, alors qu'Eurídice est introvertie, gauche, a un esprit vif et rêve d'entrer au Conservatoire de Vienne. Tout change quand Guida s'enfuit avec son amant, laissant sa petite sœur derrière elle.
Pourquoi la vie d'Eurídice est-elle invisible ? C'est le père des sœurs qui en a décidé ainsi. C'est lui, se sentant investi d'une toute puissance en tant que chef de famille, qui décide de contrôler le destin de ses filles et de les séparer à vie, forçant leur mère à être sa complice, poussant Eurídice dans la dépression quand elle découvre la vérité et condamnant Guida à la solitude. C'est d'une violence inouïe, et chacune souffre terriblement de l'absence de sa sœur, comme si on leur avait pris une part d'elle-même. Guida, après avoir été bannie de la famille à son retour d'Europe, enceinte et sans logement, survit grâce à la prostitution jusqu'à ce qu'elle trouve une nouvelle famille en Filomena, une voisine qui garde les enfants des femmes mères célibataires qui doivent travailler, et qui l'aidera à élever son fils et lui donnera un toit. Eurídice, de son côté, épouse un homme médiocre, dominant, sourd à sa douleur d'être séparée de Guida et à son rêve de devenir pianiste, qui attend de son épouse qu'elle reste à la maison pour élever ses enfants. Pour garder un semblant de liberté, Eurídice doit lui mentir. Karim Aïnouz met deux choses en évidence : la façon dont le patriarcat écrase les femmes, dans la cellule familiale et au travail (Guida, seule femme dans son usine, subit les remarques misogynes de ses collègues hommes) et la force que puisent les femmes quand elles sont soutenues par leurs semblables. Les deux sont encore vrais de nos jours. Le père Gusmão savait très bien ce qu'il faisait : sans son mensonge, il aurait été désarmé contre la puissance du lien sorore.

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