Scénario : Charles Randolph
Au casting : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, Kate McKinnon, et plein d'actrices au top.
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé
J'aime : héroïnes fortes, intelligentes, compétentes. Dénonciation du patriarcat et des violences misogynes. Pas de complaisance dans les scènes d'agression.
J'aime : héroïnes fortes, intelligentes, compétentes. Dénonciation du patriarcat et des violences misogynes. Pas de complaisance dans les scènes d'agression.
Trigger
warnings / violences contre les femmes : harcèlement et agressions sexuelles.
J'aime pas : c'est un film basé sur des faits réels et donc sur la réalité d'un milieu particulier, mais pas de personnages racisé·es et peu de sororité. J'aurais voulu voir des femmes à la réalisation et à l'écriture.
Note féministe : 4/5
Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Le mot "bombshell", comme "bombe" en français, désigne à la fois une femme canon et un énorme choc. En l'occurrence, les femmes canons sont les journalistes de Fox News (Gretchen Carson et Megyn Kelly pour les plus connues), chaîne américaine hyper conservatrice et principal soutien de Trump dans les médias, et le choc, c'est la dénonciation des actes de harcèlement et agressions sexuelles commis par Roger Ailes, leur patron et prédateur sexuel qui a sévi en toute impunité pendant des décennies. Dénonciation qui a eu lieu en 2016, avant les affaires Weinstein et l'explosion du mouvement MeToo.
Le film adopte avec beaucoup de justesse le style documentaire, plus qu'adapté dans le contexte d'une chaîne de télé du 21e siècle. Il est particulièrement bien écrit, foisonne de détails et exige une attention constante à tout ce qui est dit et montré à l'écran. Sans oublier qu'il est interprété à la perfection par un casting de dingue mené par les géniales Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, qui jouent respectivement Megyn Kelly, Gretchen Carlson, qui la première attaqua Ailes en justice, et Kayla Pospisil, personnage fictif, et qui sont logiquement nominées aux Oscars. Mais surtout, Scandale est une analyse très fine et une dénonciation acérée d'une part de la stratégie des agresseurs : Ailes silencie et isole ses victimes, souffle le chaud et le froid (il leur donne les postes clé promis), agit avec la complicité silencieuse de femmes qui lui sont loyales... Et d'autre part, des conséquences sur les victimes : culpabilité, honte, et malheureusement, rejet de la faute sur d'autres femmes (la scène entre Megyn et Kayla est édifiante), avec la question classique "pourquoi n'a-t-elle rien dit ?". Il suffit d'une scène, une scène glaçante, où l'ambitieuse et novice Kayla subit le harcèlement immonde de Ailes, pour saisir les horreurs auxquelles il soumet les femmes et l'étendue de son pouvoir. Il se sait intouchable. Mais il n'est pas le seul coupable. La newsroom de Fox News, c'est la définition même de l'environnement professionnel toxique (pour les femmes) : harcèlement sexuel, comportements déplacés, commentaires sexistes incessants (y compris à l'antenne), homophobie, tenues vestimentaires imposées (femmes filmées en plans larges pour que l'on voit leurs jambes). La totale. Et pourquoi les hommes se remettraient-ils en question ? Alors que Donald Trump, dont la campagne est en plein essort, enchaîne les déclarations misogynes (entre autres) et humilie publiquement Megyn Kelly, et que dans le camp adverse des démocrates, le candidat et vice-président sortant Joe Biden crée une atmosphère extrêmement malaisante pour ses collaboratrices ? Le film a aussi l'intelligence de nous rappeler subtilement que nous sommes à Fox News, même si les attaques de Megyn Kelly contre Trump au sujet de sa misogynie et les segments pro-féministes et anti-armes à feu automatiques de Gretchen Carlson peuvent laisser penser que le chaîne n'est pas si réac' que ça : tout le monde est blanc, Jess (Kate McKinnon) doit cacher ses opinions politiques pro-Hillary et son homosexualité, Megyn rejette fermement le qualificatif "féministe", Kayla est une chrétienne pratiquante conservatrice, Gretchen est prise à partie par une femme qui dénonce ses opinions politiques, le port d'armes est défendu avec ferveur, la chaîne appartient au groupe de Rupert Murdoch, magnat des médias et conservateur le plus puissant de la planète et enfin, et surtout, évoque, même brièvement, le dérapage mémorable de Megyn Kelly sur la couleur de peau de Jésus Christ, qui avait fait l'effet d'une bombe à l'époque. Alors que les féministes sont en général perçues - à juste titre - comme des libérales de gauche, quelle ironie que les premières femmes à avoir fait chuter un agresseur puissant soient des conservatrices de droite !
Le film adopte avec beaucoup de justesse le style documentaire, plus qu'adapté dans le contexte d'une chaîne de télé du 21e siècle. Il est particulièrement bien écrit, foisonne de détails et exige une attention constante à tout ce qui est dit et montré à l'écran. Sans oublier qu'il est interprété à la perfection par un casting de dingue mené par les géniales Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, qui jouent respectivement Megyn Kelly, Gretchen Carlson, qui la première attaqua Ailes en justice, et Kayla Pospisil, personnage fictif, et qui sont logiquement nominées aux Oscars. Mais surtout, Scandale est une analyse très fine et une dénonciation acérée d'une part de la stratégie des agresseurs : Ailes silencie et isole ses victimes, souffle le chaud et le froid (il leur donne les postes clé promis), agit avec la complicité silencieuse de femmes qui lui sont loyales... Et d'autre part, des conséquences sur les victimes : culpabilité, honte, et malheureusement, rejet de la faute sur d'autres femmes (la scène entre Megyn et Kayla est édifiante), avec la question classique "pourquoi n'a-t-elle rien dit ?". Il suffit d'une scène, une scène glaçante, où l'ambitieuse et novice Kayla subit le harcèlement immonde de Ailes, pour saisir les horreurs auxquelles il soumet les femmes et l'étendue de son pouvoir. Il se sait intouchable. Mais il n'est pas le seul coupable. La newsroom de Fox News, c'est la définition même de l'environnement professionnel toxique (pour les femmes) : harcèlement sexuel, comportements déplacés, commentaires sexistes incessants (y compris à l'antenne), homophobie, tenues vestimentaires imposées (femmes filmées en plans larges pour que l'on voit leurs jambes). La totale. Et pourquoi les hommes se remettraient-ils en question ? Alors que Donald Trump, dont la campagne est en plein essort, enchaîne les déclarations misogynes (entre autres) et humilie publiquement Megyn Kelly, et que dans le camp adverse des démocrates, le candidat et vice-président sortant Joe Biden crée une atmosphère extrêmement malaisante pour ses collaboratrices ? Le film a aussi l'intelligence de nous rappeler subtilement que nous sommes à Fox News, même si les attaques de Megyn Kelly contre Trump au sujet de sa misogynie et les segments pro-féministes et anti-armes à feu automatiques de Gretchen Carlson peuvent laisser penser que le chaîne n'est pas si réac' que ça : tout le monde est blanc, Jess (Kate McKinnon) doit cacher ses opinions politiques pro-Hillary et son homosexualité, Megyn rejette fermement le qualificatif "féministe", Kayla est une chrétienne pratiquante conservatrice, Gretchen est prise à partie par une femme qui dénonce ses opinions politiques, le port d'armes est défendu avec ferveur, la chaîne appartient au groupe de Rupert Murdoch, magnat des médias et conservateur le plus puissant de la planète et enfin, et surtout, évoque, même brièvement, le dérapage mémorable de Megyn Kelly sur la couleur de peau de Jésus Christ, qui avait fait l'effet d'une bombe à l'époque. Alors que les féministes sont en général perçues - à juste titre - comme des libérales de gauche, quelle ironie que les premières femmes à avoir fait chuter un agresseur puissant soient des conservatrices de droite !
