samedi 25 janvier 2020

SCANDALE (Bombshell)

Réalisation : Jay Roach
Scénario : Charles Randolph
Au casting : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, Kate McKinnon, et plein d'actrices au top.



D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé
J'aime : héroïnes fortes, intelligentes, compétentes. Dénonciation du patriarcat et des violences misogynes. Pas de complaisance dans les scènes d'agression.

Trigger warnings / violences contre les femmes : harcèlement et agressions sexuelles.
J'aime pas : c'est un film basé sur des faits réels et donc sur la réalité d'un milieu particulier, mais pas de personnages racisé·es et peu de sororité. J'aurais voulu voir des femmes à la réalisation et à l'écriture.

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Le mot "bombshell", comme "bombe" en français, désigne à la fois une femme canon et un énorme choc. En l'occurrence, les femmes canons sont les journalistes de Fox News (Gretchen Carson et Megyn Kelly pour les plus connues), chaîne américaine hyper conservatrice et principal soutien de Trump dans les médias, et le choc, c'est la dénonciation des actes de harcèlement et agressions sexuelles commis par Roger Ailes, leur patron et prédateur sexuel qui a sévi en toute impunité pendant des décennies. Dénonciation qui a eu lieu en 2016, avant les affaires Weinstein et l'explosion du mouvement MeToo.

Le film adopte avec beaucoup de justesse le style documentaire, plus qu'adapté dans le contexte d'une chaîne de télé du 21e siècle. Il est particulièrement bien écrit, foisonne de détails et exige une attention constante à tout ce qui est dit et montré à l'écran. Sans oublier qu'il est interprété à la perfection par un casting de dingue mené par les géniales Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, qui jouent respectivement Megyn Kelly, Gretchen Carlson, qui  la première attaqua Ailes en justice, et Kayla Pospisil, personnage fictif, et qui sont logiquement nominées aux Oscars. Mais surtout, Scandale est une analyse très fine et une dénonciation acérée d'une part de la stratégie des agresseurs : Ailes silencie et isole ses victimes, souffle le chaud et le froid (il leur donne les postes clé promis), agit avec la complicité silencieuse de femmes qui lui sont loyales... Et d'autre part, des conséquences sur les victimes : culpabilité, honte, et malheureusement, rejet de la faute sur d'autres femmes (la scène entre Megyn et Kayla est édifiante), avec la question classique "pourquoi n'a-t-elle rien dit ?". Il suffit d'une scène, une scène glaçante, où l'ambitieuse et novice Kayla subit le harcèlement immonde de Ailes, pour saisir les horreurs auxquelles il soumet les femmes et l'étendue de son pouvoir. Il se sait intouchable. Mais il n'est pas le seul coupable. La newsroom de Fox News, c'est la définition même de l'environnement professionnel  toxique (pour les femmes) : harcèlement sexuel, comportements déplacés, commentaires sexistes incessants (y compris à l'antenne), homophobie, tenues vestimentaires imposées (femmes filmées en plans larges pour que l'on voit leurs jambes). La totale. Et pourquoi les hommes se remettraient-ils en question ? Alors que Donald Trump, dont la campagne est en plein essort, enchaîne les déclarations misogynes (entre autres) et humilie publiquement Megyn Kelly, et que dans le camp adverse des démocrates, le candidat et vice-président sortant Joe Biden crée une atmosphère extrêmement malaisante pour ses collaboratrices ? Le film a aussi l'intelligence de nous rappeler subtilement que nous sommes à Fox News, même si les attaques de Megyn Kelly contre Trump au sujet de sa misogynie et les segments pro-féministes et anti-armes à feu automatiques de Gretchen Carlson peuvent laisser penser que le chaîne n'est pas si réac' que ça : tout le monde est blanc, Jess (Kate McKinnon) doit cacher ses opinions politiques pro-Hillary et son homosexualité, Megyn rejette fermement le qualificatif "féministe", Kayla est une chrétienne pratiquante conservatrice, Gretchen est prise à partie par une femme qui dénonce ses opinions politiques, le port d'armes est défendu avec ferveur, la chaîne appartient au groupe de Rupert Murdoch, magnat des médias et conservateur le plus puissant de la planète et enfin, et surtout, évoque, même brièvement, le dérapage mémorable de Megyn Kelly sur la couleur de peau de Jésus Christ, qui avait fait l'effet d'une bombe à l'époque. Alors que les féministes sont en général perçues - à juste titre - comme  des libérales de gauche, quelle ironie que les premières femmes à avoir fait chuter un agresseur puissant soient des conservatrices de droite !

L'ADIEU (The Farewell)

Réalisation et scénario : Lulu Wang
Au casting : Awkwafina, Shuzhen Zhao, Diana Lin



D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé !
J'aime : l'héroïne, sa complicité avec sa grand-mère

Trigger warnings/ violences contre les femmes : RAS
J'aime pas : représentation classique de la cellule familiale, mais il s'agit d'un film auto-biographique

Note féministe : 2/5
Note cinéphile : 3,5/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Billi, jeune new-yorkaise d'origine chinoise, apprend que sa grand-mère est mourante. La famille a décidé de lui cacher la vérité, et prétexte un mariage pour lui rendre une dernière visite à Pékin. Pour Billi, ce mensonge est insupportable.
L'Adieu n'a pas vocation à être un film féministe. La réalisatrice y parle de sa propre expérience, et nous montre une famille tout ce qu'il y a de plus classique, au point que beaucoup reconnaîtront la leur : la grand-mère s'inquiète que Billi soit bien couverte, se mette en couple, elle lui donne de l'argent, lui dit d'être agréable, dirige les repas familiaux et l'organisation du mariage d'une main de fer, et les femmes préparent le repas pendant que les hommes boivent. Elle évoque avec beaucoup de justesse, de subtilité et d'humour les thématiques des liens familiaux, donc, et de la transmission, de la diaspora, et de la maladie. Je me suis identifiée à beaucoup d'éléments, même si je suis une femme blanche et que j'ai toujours vécu dans le pays où je suis née. Bref, L'adieu est un petit bijou qui mérite d'être vu.

mercredi 22 janvier 2020

LA VIE INVISIBLE D'EURÍDICE GUSMÃO (A Vida Invisível de Eurídice Gusmão)

Réalisation : Karim Aïnouz
Scénario : Karim Aïnouz, Inés Bortagaray et Murilo Hauser, d'après le roman de Martha Batalha
Au casting : Carol Duarte, Julia Stockler




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé !
J'aime : sororité, femmes fortes

Trigger warnings/violences contre les femmes : viols, contexte partriarcal, violences psychologiques
J'aime pas : trop de nudité

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Rio de Janeiro, 1950. Eurídice et Guida sont deux sœurs très liées mais aussi très différentes : Guida est extravertie, aime sortir, défie l'autorité parentale, alors qu'Eurídice est introvertie, gauche, a un esprit vif et rêve d'entrer au Conservatoire de Vienne. Tout change quand Guida s'enfuit avec son amant, laissant sa petite sœur derrière elle.
Pourquoi la vie d'Eurídice est-elle invisible ? C'est le père des sœurs qui en a décidé ainsi. C'est lui, se sentant investi d'une toute puissance en tant que chef de famille, qui décide de contrôler le destin de ses filles et de les séparer à vie, forçant leur mère à être sa complice, poussant Eurídice dans la dépression quand elle découvre la vérité et condamnant Guida à la solitude. C'est d'une violence inouïe, et chacune souffre terriblement de l'absence de sa sœur, comme si on leur avait pris une part d'elle-même. Guida, après avoir été bannie de la famille à son retour d'Europe, enceinte et sans logement, survit grâce à la prostitution jusqu'à ce qu'elle trouve une nouvelle famille en Filomena, une voisine qui garde les enfants des femmes mères célibataires qui doivent travailler, et qui l'aidera à élever son fils et lui donnera un toit. Eurídice, de son côté, épouse un homme médiocre, dominant, sourd à sa douleur d'être séparée de Guida et à son rêve de devenir pianiste, qui attend de son épouse qu'elle reste à la maison pour élever ses enfants. Pour garder un semblant de liberté, Eurídice doit lui mentir. Karim Aïnouz met deux choses en évidence : la façon dont le patriarcat écrase les femmes, dans la cellule familiale et au travail (Guida, seule femme dans son usine, subit les remarques misogynes de ses collègues hommes) et la force que puisent les femmes quand elles sont soutenues par leurs semblables. Les deux sont encore vrais de nos jours. Le père Gusmão savait très bien ce qu'il faisait : sans son mensonge, il aurait été désarmé contre la puissance du lien sorore.

jeudi 16 janvier 2020

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH (Little Women)

Réalisation et scénario : Greta Gerwig, d'après l'œuvre de Louisa May Alcott
Au casting : Saoirse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson, Laura Dern, Eliza Scanlen, Meryl Streep




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé !
J'aime : sororité, femmes libres de s'exprimer, reconnaissance des talents artistiques des héroïnes, choix de leur destin

Trigger warnings/ violences contre les femmes : contexte patriarcal, sexisme, les femmes ont des droits restreints
J'aime pas : j'ai du mal à trouver, alors je vais dire - et c'est totalement arbitraire - Louis Garrel.

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 4/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Jo, Meg, Amy et Beth March grandissent en Nouvelle Angleterre pendant la Guerre de Sécession. Si elles sont très proches, chacune a sa personnalité, ses rêves, ses joies, ses peines, ses expériences, et elles sont toutes les quatre unies par quelque chose qui va au-delà des liens du sang: leur condition féminine.
On peut se dire, au premier abord, que les filles March ont plutôt la vie facile. Elles vivent dans un certain confort, ont une grand-tante très riche, sont éduquées, encouragées à poursuivre des activités artistiques, ont une liberté de pensée et de parole, et sont entourées d'hommes bienveillants : leur père, le fameux docteur March du titre, Laurie et son grand-père, John, Friedrich, Fred, et même M. Dashwood, qui sous des abords bourrus est finalement plutôt sympathique. Mais peuvent-elles, et doivent-elles, s'en contenter ? Non. Alors que Meg, en tous points la fille parfaite et qui a la personnalité la plus accommodante, renonce à son rêve de devenir actrice - un métier jugé peu convenable et trop précaire pour une jeune femme comme il faut à l'époque - se marie avec l'homme qu'elle aime, met au monde deux enfants et vit une existence monotone faite de restrictions, Jo et Amy refusent les concessions. Jo, spontanée, rebelle, vit pour l'écriture, veut laisser son empreinte dans l'Histoire et n'a ni le temps ni la tête au mariage. Amy a toujours clamé haut et fort son ambition d'épouser un homme riche. Pas par vénalité, mais parce qu'elle sait qu'en tant que femme, elle n'a aucun droit. Seule Tante March est libre, parce que très riche. Le monde ne fait pas de cadeau aux femmes, et Jo, Meg et Amy font de leur mieux pour y trouver leur compte sans se trahir, pour avancer sans se laisser ronger par la colère nourrie par l'injustice que leur sexe subit, que Marmee, véritable figure matriarche qui en apparence est capable de tout affronter, avoue devoir réprimer au quotidien. Heureusement, la fiction permet d'offrir aux femmes un dénouement heureux à leur histoire, et nos héroïnes goûtent enfin un bonheur bien mérité (seulement entaché par un deuil tragique), avec ou sans mari, et riches.

lundi 13 janvier 2020

BONNE ANNÉE CINÉMA FÉMINISTE !

L'année 2020 s'annonce sous le signe du FEMALE POWER avec au moins trois gros films de studio dirigés par des femmes et avec des femmes dans les rôles principaux entre février et juin :

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire d'Harley Quinn de Cathy Yan (sortie le 5 février)



Black Widow de Cate Shortland (sortie le 29 avril)



Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins (sortie le 3 juin)




J'ai hâte !