jeudi 14 novembre 2019

POUR SAMA

Réalisation : Waad al-Kateab et Edward Watts




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : oui
Test Bechdel-Wallace : validé
J'aime : documentaire très fort

Violences : images de guerre d'une extrême violence, beaucoup de sang et de corps sans vie. C'est parfois à la limite du soutenable.
J'aime pas : /

Note cinéphile : 5/5

Pour en savoir plus
Je me suis demandée si Pour Sama avait sa place sur ce blog. Le film est réalisé par une femme et s'adresse à une fille mais ne parle pas des femmes en particulier. Mais j'ai quand même décidé d'écrire cet article parce que c'est un documentaire fort, essentiel, qui témoigne d'horreurs que nos gouvernements laissent se produire par intérêt politique. Je voudrais que tout le monde le voit, mais je pense aussi que ce serait une expérience insoutenable pour beaucoup. Malgré tout, il y a quelques  moments de légèreté dans le film, par exemple quand on voit l'entourage de Waad, son mari, ses ami·es, les médecins de l'hôpital, trouver la force de rire pendant des bombardements. Le quotidien serait insupportable, sinon.
Je suis sortie de Pour Sama profondément bouleversée, pleine d'admiration pour Waad al-Kateab (et son mari, et tous ces gens qui sont restés) et d'espoir pour la petite Sama et sa sœur. Je leur souhaite de revoir Alep.

mardi 12 novembre 2019

PAPICHA

Réalisation et scénario : Mounia Meddour (écriture en collaboration avec Fadette Drouard)
Au casting : Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Zahra Doumandji




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : plus de 3/4 des dialogues
Test Bechdel-Wallace : validé +++
J'aime : sororité, femmes moteur de l'action, femmes créatrices, refusent de se soumettre aux hommes

Trigger warnings / violences contre les femmes : intégrisme religieux, tentative de viol, meurtres
J'aime pas : certains choix d'écriture, mais c'est du chipotage

Note féministe : 5/5
Note cinéphile : 4/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
Dans l'Algérie des années 90, Nedjma et ses amies, étudiantes à la fac d'Alger, ont l'avenir devant elles. Nedjma est styliste et vend ses créations dans les toilettes d'une boîte de nuit avec l'aide sa meilleure amie, Wassila. Leur copine de chambre à la cité U, Samira, vit ses dernières semaines à la fac avant le mariage arrangé par son frère, mariage qui l'empêchera de finir ses études et de travailler. Devant la montée de l'intégrisme religieux qui frappe ce pays qu'elle aime, Nedjma entend faire front et organise un défilé de vêtements cousus dans des haïk, ces immenses étoffes dont on force les femmes à se couvrir.
Mounia Meddour s'est inspirée de sa propre expérience pour Papicha (mot algérien désignant "une jeune femme drôle, jolie, libérée") et a réalisé un film qui est une véritable ode à la liberté, et dont les héroïnes refusent la violence des hommes et de la religion. Elles se révoltent à la fois contre l'intégrisme naissant, mais luttent aussi contre le patriarcat déjà présent, lui aussi violent : elles doivent sortir en cachette le soir, subir les avances d'hommes adultes, des mariages forcés, cacher qu'elles ont une sexualité, ne peuvent pas vivre une relation amoureuse sans être forcées dans une position dominée où les hommes dictent leur conduite. Heureusement, les femmes trouvent refuge dans les liens qu'elles créent entre elles, au sein de la cellule familiale ou de la fac. Même quand l'intégrisme frappe et tue, les liens de sororité résistent.

QUEENS (Hustlers)

Réalisation et scénario : Lorene Scafaria, d'après l'article du New York Times écrit par Jessica Pressler
Au casting : Constance Wu, Jennifer Lopez, Keke Palmer, Lili Reinhart, Julia Stiles, Wai Ching Ho




D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : plus des 3/4 des dialogues
Test Bechdel-Wallace : validé +++
J'aime : sororité, femmes moteur de l'action, femmes racisées, aux physiques variés, thèmes d'indépendance, de désir d'émancipation, peu de nudité malgré les strip-teases. Ça tape pas mal sur les mecs.

Trigger warnings/ violences contre les femmes : femmes sexualisées, agression sexuelle, on parle de prostitution
J'aime pas : peut-être trop de scènes de strip-tease au début ?

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 3/5

Pour en savoir plus (attention, spoilers)
New York, années 2000. Dorothy danse dans un club de strip-tease et se lie d'amitié avec Ramona, la star du club, qui la prend sous son aile. Elles mènent un bon train de vie grâce aux milliers de dollars dépensés chaque soir par les loups de Wall Street, alors rois du monde. Quand arrive la crise de 2008, tout s'effondre et les danseuses se retrouvent au chômage. C'est alors que Ramona propose un plan à ses anciennes collègues : les banquiers et autres traders de Wall Street trichent et volent en toute impunité, alors pourquoi ne pas leur rendre la pareille ?
Comment filmer des strip-teaseuses sans sexualiser ses personnages ? Lorene Scafaria semble avoir trouvé la réponse : oui, elles sont sexualisées, parce que leur métier est par essence sexualisant, et elles sont elles-mêmes conscientes de vendre du désir aux hommes. Mais elles sont aussi des êtres à part entière qui font en sorte, malgré tout, de garder le contrôle, sur scène et dans leur vie privée. La première réplique du film, "this is a story about control", est très bien illustrée par Ramona, quand elle explique les ficelles du métier à Dorothy : il faut toujours savoir à qui on a affaire et comment en tirer profit. Elles vivent dans un univers où elles dépendent financièrement d'hommes blancs dominants consommateurs de sexe, et exploitent leurs failles pour gagner leur vie. Mais Queens est aussi une histoire de femmes qui se lient, se soutiennent, s'associent. Déjà au club, où l'on voit les strip-teaseuses échanger entre elles dans les coulisses, dans l'une des scènes les plus réussies du film. Et surtout, au sein du groupe constitué par Ramona et Dorothy. Elles opèrent ensemble, partagent les gains, se présentent comme étant des sœurs et forment vite une famille. Elles vivent sans hommes et bénéficient d'une indépendance financière qui garantira à leurs filles de choisir leur avenir. Le dernier aspect intéressant, non des moindres, de Queens est justement l'arnaque au cœur du film : Ramona, Dorothy et leurs protégées droguaient des hommes, les noyaient sous l'alcool, de façon à vider leur compte en banque sans qu'ils en aient le moindre souvenir le lendemain matin (la séquence où Ramona et Dorothy cherchent le bon dosage de drogues est un régal). La motivation de Ramona est simple : des millions d'Américain·es ont tout perdu du jour au lendemain à cause des loups de Wall Street qui jouent avec leur argent comme au Monopoly en toute impunité. En se servant dans leurs poches, elles réparent une injustice (évidemment, il y a aussi des femmes à Wall Street, mais c'est un univers majoritairement masculin et extrêmement misogyne). La réplique-clé du film, "This city, this whole country, is a strip club. You've got people tossing the money, and people doing the dance" (Cette ville, le pays entier est un club de strip-tease. Il y a ceux qui jettent l'argent, et ceux qui dansent), est une excellente définition des injustices du néo-libéralisme. Les héroïnes de Queens et la famille de Sorry We Missed You (le dernier Ken Loach) mènent le même combat.