dimanche 29 septembre 2019

LES HIRONDELLES DE KABOUL

Réalisation : Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec
Scénario : Zabou Breitman, Patricia Mortagne et Sébastien Tavel, d'après de roman de Yasmina Khadra
Avec les voix de Zita Hanrot, Hiam Abbas, Simon Abkarian, Swann Arlaud



D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : peut mieux faire
Test Bechdel-Wallace : validé limite
J'aime : sororité

Trigger warnings / violences contre les femmes  : nombreuses violences physiques et psychologiques. Exécutions par lapidation, pendaison, arme à feu. Humiliations, privation de droits, prostitution 
J'aime pas : trop de scènes bavardes homme/homme, qui n'apportent rien

Note féministe : 2/5
Note cinéphile : 2/5

Pour en savoir plus (attention spoilers)
Deux couples, Zunaira et Mohsen d'un côté et Mussarat et Atiq de l'autre (doublés par un excellent quatuor d'acteur·trices), survivent dans l'Afghanistan des Talibans.
Je n'ai pas été conquise par Les hirondelles de Kaboul. Bien sûr, il n'est jamais inutile de dénoncer un régime aussi violent que celui des Talibans en Afghanistan à la fin des années 90, mais on peut aussi se demander s'il est vraiment indispensable de s'infliger un film aussi dur quand on est déjà informées sur ces événements et conscientisées au sujet de ces oppressions, d'autant plus suite aux horreurs subies par les femmes et les filles aux mains de Boko Haram au Nigeria et Daesh au Moyen Orient. Il y a toujours une volonté, quand on est une militante féministe, de soutenir des œuvres qui dénoncent les violences misogynes patriarcales mais l'expérience peut être éprouvante émotionnellement (par exemple, La belle et la meute - très dur mais à la réalisation en plans séquences virtuoses et hypnotiques, ou Working Woman, même si je recommande chaudement ce dernier qui décrit parfaitement le mode opératoire des agresseurs et la honte des victimes). J'ai aussi été gênée par le grand nombre de scènes bavardes entre personnages masculins, scènes qui d'ailleurs manquent de subtilité - à moins de vivre dans une grotte, tout le monde sait ce qu'est le régime taliban. Et comment ne pas être révoltée par cet échange entre Mussarat et son mari Atiq, elle s'excusant d'être un fardeau et lui l'engueulant parce qu'il ne veut pas l'entendre se plaindre ? J'aurais trouvé plus intéressant, par exemple, de voir comment une femme atteinte d'un cancer est soignée dans un pays où non seulement, l'accès des femmes aux services de santé est largement restreint, mais aussi où ces mêmes services sont réduits au strict minimum. J'aurais aimé savoir ce qui a conduit des femmes à s'allier aux Talibans et à se retourner contre leurs sœurs - instinct de survie, conviction ? J'aurais aimé voir Zunaira enseigner, dessiner, vivre son union avec Mohsen, être libre, avant la guerre, en contraste avec son quotidien sous les Talibans. Cela aurait rendu la scène la plus glaçante du film, où elle est surprise par la milice en plein éclat de rires et des chaussures blanches aux pieds, encore plus forte. La force du film, justement, repose sur ses dernières minutes, qui montrent un acte héroïque de sororité et de résistance face à l'absurdité de l'implacable dictature des hommes, dupés par leurs propres armes.
Les hirondelles de Kaboul souffre malheureusement de la comparaison inévitable avec Parvana de Nora Twomey, sorti l'année dernière et qui suivait le combat d'une jeune fille pour sauver son père et aider sa famille à survivre, également sous le régime taliban. En plus d'un graphisme beaucoup plus élégant, Parvana était plus poétique et plaçait véritablement les femmes au cœur du film.

jeudi 26 septembre 2019

LATE NIGHT

Réalisation : Nisha Ganatra
Scénario : Mindy Kaling
Au casting : Mindy Kaling, Emma Thompson



D’un coup d’œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel -Wallace : validé
J'aime : naissance d'une solidarité entre femmes, évolution des personnages, femmes motrices de l'action, une femme racisée parmi les héroïnes, femmes aux physiques variés

Trigger warnings / violences contre les femmes : RAS
J'aime pas : hétéronormativité (seulement un troisième rôle masculin gay)

Note féministe : 3/5
Note cinéphile : 2.5/5

Pour en savoir plus (attention spoilers !)
Molly Patel a de quoi se réjouir : son rêve, travailler pour la présentatrice de talk show Katherine Newbury, est enfin devenu réalité. Mais Katherine, de son côté, est sur le point de tout perdre. L'émission est menacée d'annulation, et pour cette femme intransigeante qui a bossé comme une dingue toute sa vie dans un milieu largement dominé par les hommes et qui ne supporte pas la médiocrité et l'humour pipi-caca, c'est un affront. Molly aura plusieurs défis à relever : prouver qu'elle mérite sa place alors qu'elle n'a aucune expérience, gagner le respect et l'amitié (oui, elle y tient) de son idole et sauver l'émission.

A partir de combien d'hommes blancs peut-on considérer qu'il y a trop d'hommes blancs dans une pièce ? (un seul suffit, en ce qui me concerne) (non je déconne) (mais pas tant que ça) (bon ça va y en a que j'aime bien quand même) C'est une question qui revient souvent quand on parle des fameux “late-night talk shows” américains, ces émissions de fin de soirée qui décryptent l'actualité avec humour entre deux invité-es. Entre les Jimmy Fallon et Kimmel, John Oliver, Stephen Colbert, James Corden, on trouve un homme racisé, Trevor Noah, une femme blanche, Samantha Bee, et depuis la rentrée 2019, une femme  racisée, Lilly Singh. Pareil en coulisses : les writers rooms peinent à se diversifier et les hommes blancs représentent encore la majorité des auteurs. Dans les États-Unis du 21e siècle, où les questions de misogynie, d'égalité des sexes, de racisme, de répressions policières et d'immigration sont au cœur des débats, ne faudrait-t-il pas enfin écouter d'autres voix ? Mindy Kaling, femme, racisée, fille d'immigrants indiens (devrais-je ajouter qui ne correspond pas aux canons de beauté d'Hollywood?), répond par l'affirmative. Le film n'est pas parfait en tous points de vue. On aurait aimé que Katherine ait plus de bienveillance envers les femmes, et échapper à des rapports romantiques entre Molly et ses collègues hommes blancs. Elle ne couche avec personne, et alors ? Dommage qu'on en soit encore au point où l'héroïne doive cocher la case “j'ai un mec” pour pouvoir considérer qu'elle a réussi. Surtout que Katherine, elle, a mené sa vie comme elle l'entendait : elle n'a pas eu d'enfant, elle n'a pas quitté son émission à la seconde où son mari a développé la maladie de Parkinson. Et le scandale autour de sa liaison avec l'un de ses auteurs pose une question intéressante : comment doit-on percevoir les femmes en position dominante (dans les hiérarchies professionnelles et sociales) impliquées dans un “scandale” sexuel? Bien sûr, femme ou homme, cela pose toujours un problème éthique. Pour y répondre, je dirais qu'on ne peut pas comparer. Ce ne sont pas les hommes qui sont conditionnés depuis leur naissance à subir les assauts sexuels du sexe opposé en silence, ce ne sont pas les femmes qui harcèlent et violent tout ce qui bouge en toute impunité.
Pour finir, on passe un bon moment en compagnie de deux actrices fantastiques, même si le film aurait pu être plus drôle (cela dit, les scènes du segment “white savior”, où Katherine se moque de ses défauts - blanche, riche, élitiste - sont hilarantes).

LES BARONNES (The Kitchen)

Réalisation et scénario : Andrea Berloff, après le comic book d'Ollie Masters et Ming Doyle
Au casting : Melissa McCarthy, Tiffany Haddish, Elisabeth Moss




D’un coup d’œil
Scènes et dialogues entre femmes : mention très bien
Test Bechdel-Wallace : validé
J'aime : solidarité entre femmes, évolution des personnages, femmes motrices de l'action, une femme racisée parmi les héroïnes, femmes aux physiques variés

Trigger warnings / violences contre les femmes : violences conjugales, tentative de viol, meurtres
J'aime pas : trahison entre femmes, hétéronormativité (milieu catholique irlandais des 70s)

Note féministe : 4/5
Note cinéphile : 3/5

Pour aller plus loin (attention, spoilers !)
Quand leurs gangsters de maris sont envoyés en prison, Kathy, Ruby et Claire se voient forcées de se débrouiller par leurs propres moyens. Et quel meilleur moyen que de prendre la tête de la mafia irlandaise qui règne sur Hell’s Kitchen ? Lassées de courber l'échine, de subir humiliations et coups, les 3 amies vont prouver à tous ceux qui auront le malheur de se mettre en travers de leur chemin que ce n'est pas parce qu'on n'a pas de bite qu'on a peur de se salir les mains.
Le mérite du film tient à ses héroïnes : Kathy, mère de famille pour qui le crime sera un moyen de protéger et de servir la communauté ; Ruby, seule femme noire au milieu de descendant-es d'immigré-es irlandais-es catholiques qui retrouvera le respect de sa mère et de Harlem ; et Claire, qui après avoir subi les violences de son mari entamera une relation amoureuse saine et se découvrira un talent - et un goût - certains pour le découpage de cadavres. La solidarité entre femmes est présente non seulement entre elles, mais aussi avec l'épouse du mafieux italien de Brooklyn, représentée par deux scènes touchantes avec le personnage d'Annabella Sciorra. On prend un plaisir certain à voir ces femmes prendre leur destin en mains sans demander la permission, quitte à se mettre en danger (“j'en ai marre de dire merci”, dit Kathy), à choisir elles-mêmes par quel moyen régler leurs problèmes (au choix, fusil, contrat, ou service entre associé-es), et à tout simplement, être reconnue à leur juste valeur.
D'un point de vue purement cinématographique, le film pêche par un rythme irrégulier mais fonctionne plutôt bien en tant que film de gangsters, sans renouveler le genre. Il repose surtout sur ses trois fantastiques actrices, Melissa McCarthy, dont je suis de plus en plus fan, Tiffany Haddish et Elisabeth Moss, sans oublier Margo Martindale et Annabella Sciorra, toujours parfaites.