Scénario : Zabou Breitman, Patricia Mortagne et Sébastien Tavel, d'après de roman de Yasmina Khadra
Avec les voix de Zita Hanrot, Hiam Abbas, Simon Abkarian, Swann Arlaud
D'un coup d'œil
Scènes et dialogues entre femmes : peut mieux faire
Test Bechdel-Wallace : validé limite
J'aime : sororité
Trigger warnings / violences contre les femmes : nombreuses violences physiques et psychologiques. Exécutions par lapidation, pendaison, arme à feu. Humiliations, privation de droits, prostitution
J'aime pas : trop de scènes bavardes homme/homme, qui n'apportent rien
Note féministe : 2/5
Note cinéphile : 2/5
Pour en savoir plus (attention spoilers)
Deux couples, Zunaira et Mohsen d'un côté et Mussarat et Atiq de l'autre (doublés par un excellent quatuor d'acteur·trices), survivent dans l'Afghanistan des Talibans.
Je n'ai pas été conquise par Les hirondelles de Kaboul. Bien sûr, il n'est jamais inutile de dénoncer un régime aussi violent que celui des Talibans en Afghanistan à la fin des années 90, mais on peut aussi se demander s'il est vraiment indispensable de s'infliger un film aussi dur quand on est déjà informées sur ces événements et conscientisées au sujet de ces oppressions, d'autant plus suite aux horreurs subies par les femmes et les filles aux mains de Boko Haram au Nigeria et Daesh au Moyen Orient. Il y a toujours une volonté, quand on est une militante féministe, de soutenir des œuvres qui dénoncent les violences misogynes patriarcales mais l'expérience peut être éprouvante émotionnellement (par exemple, La belle et la meute - très dur mais à la réalisation en plans séquences virtuoses et hypnotiques, ou Working Woman, même si je recommande chaudement ce dernier qui décrit parfaitement le mode opératoire des agresseurs et la honte des victimes). J'ai aussi été gênée par le grand nombre de scènes bavardes entre personnages masculins, scènes qui d'ailleurs manquent de subtilité - à moins de vivre dans une grotte, tout le monde sait ce qu'est le régime taliban. Et comment ne pas être révoltée par cet échange entre Mussarat et son mari Atiq, elle s'excusant d'être un fardeau et lui l'engueulant parce qu'il ne veut pas l'entendre se plaindre ? J'aurais trouvé plus intéressant, par exemple, de voir comment une femme atteinte d'un cancer est soignée dans un pays où non seulement, l'accès des femmes aux services de santé est largement restreint, mais aussi où ces mêmes services sont réduits au strict minimum. J'aurais aimé savoir ce qui a conduit des femmes à s'allier aux Talibans et à se retourner contre leurs sœurs - instinct de survie, conviction ? J'aurais aimé voir Zunaira enseigner, dessiner, vivre son union avec Mohsen, être libre, avant la guerre, en contraste avec son quotidien sous les Talibans. Cela aurait rendu la scène la plus glaçante du film, où elle est surprise par la milice en plein éclat de rires et des chaussures blanches aux pieds, encore plus forte. La force du film, justement, repose sur ses dernières minutes, qui montrent un acte héroïque de sororité et de résistance face à l'absurdité de l'implacable dictature des hommes, dupés par leurs propres armes.
Les hirondelles de Kaboul souffre malheureusement de la comparaison inévitable avec Parvana de Nora Twomey, sorti l'année dernière et qui suivait le combat d'une jeune fille pour sauver son père et aider sa famille à survivre, également sous le régime taliban. En plus d'un graphisme beaucoup plus élégant, Parvana était plus poétique et plaçait véritablement les femmes au cœur du film.